Français / C1
Le Singe qui montre la lanterne magique
À ceux dont les vers et la prose brillent par un style somptueux auquel on ne comprend rien, cette fable adresse une invitation : qu'ils apprennent à devenir clairs.
Un homme qui présentait au public une lanterne magique possédait un singe nommé Jacqueau. La lanterne projetait, à l'aide de lumière, des images peintes sur du verre. Le singe, lui, attirait la foule par ses acrobaties : il dansait et bondissait sur une corde, exécutait des sauts périlleux et se tenait droit, en équilibre, pour ses exercices.
Un jour que son maître était resté au café, peut-être à l'occasion d'une fête, Jacqueau, libre de ses mouvements, décida d'agir à sa guise. Il rassembla les animaux rencontrés en ville. Chiens, chats, poulets, dindons et cochons ne tardèrent pas à arriver en file.
« Entrez, messieurs ! » criait-il. Un spectacle nouveau allait les charmer, sans qu'on leur demande le moindre paiement à la porte : lui-même ne travaillait que pour l'honneur.
Chacun prit place. La lanterne fut apportée, les volets fermés. Jacqueau prépara son auditoire par un discours qui fit bâiller, mais qu'on applaudit néanmoins. Enchanté de cette réussite, il saisit un verre peint, l'introduisit dans l'appareil et le fit avancer, sachant parfaitement manier le mécanisme.
« Vous voyez le soleil, ses rayons, toute sa gloire ! À présent, voici la lune, puis l'histoire d'Adam, d'Ève et des animaux. Voyez comme ils sont beaux ! Voyez la naissance du monde ! »
Les spectateurs écarquillaient les yeux dans une obscurité profonde. La pièce, le mur, tout était noir. Un chat remarqua que ces merveilles leur remplissaient les oreilles, mais qu'il ne voyait rien. Un chien confirma. Un dindon prétendit bien apercevoir quelque chose, sans pouvoir expliquer pourquoi il le distinguait si mal.
Pendant ces échanges, Jacqueau poursuivait inlassablement son éloquent discours. Il n'avait oublié qu'un point : éclairer sa lanterne.
English summary · includes the ending
Jacqueau is a monkey whose tricks attract crowds to his master's picture show. One day, while the master remains at a tavern, the monkey invites the animals of the town to a free performance of his own.
The audience takes its places, the magic lantern is brought in, and the shutters are closed. Jacqueau begins with a speech. The animals yawn but applaud, and he is pleased. He puts painted glass into the lantern and proudly describes pictures of the sun, the moon, and the creation of the world.
However, the room and wall remain completely dark. A cat and a dog admit that they cannot see anything. A turkey claims to see something, although not very clearly.
The monkey continues speaking beautifully without stopping. He has forgotten just one thing: to light the lantern. Florian's fable asks writers whose impressive language is hard to understand to make themselves clear.
Adapted for Lejrbål from the credited source.
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