Français / C1

Le Héron

Short story

Un jour, un héron suivait le bord d'une rivière, sur ses longues pattes, son long bec prolongeant un cou tout aussi long. L'eau était transparente comme aux plus beaux jours. Carpes et brochets s'y mouvaient et venaient près de la rive : l'oiseau n'avait qu'à les saisir pour en faire son profit.

Il estima néanmoins qu'il serait plus judicieux d'attendre d'avoir davantage d'appétit. Il vivait selon un régime réglé et tenait à manger à ses heures. Une nourriture facilement accessible ne constituait donc pas encore, à ses yeux, une raison de prendre son repas.

L'appétit lui vint après quelques instants. Il s'approcha du bord et aperçut des tanches qui remontaient des profondeurs. Le mets ne lui plut pas : il s'attendait à mieux et considérait ces poissons avec dédain.

« Moi, des tanches ? Moi, héron, faire un si pauvre repas ? Pour qui me prend-on ? » Sa qualité de héron lui semblait rendre cette proposition indigne d'être acceptée.

La tanche écartée, il rencontra des goujons, de petits poissons. Ce choix lui inspira une nouvelle protestation. Voilà donc ce qu'on appelait le dîner d'un héron ! Ouvrir son bec pour si peu ? Il s'y refusait.

Ce même bec, il finit pourtant par l'ouvrir pour bien moins. Les circonstances changèrent au point qu'aucun poisson ne se présenta plus. La faim se fit sentir, et l'oiseau, qui avait successivement dédaigné plusieurs repas, fut désormais tout heureux de trouver un escargot.

La Fontaine invite à ne pas être si difficile. Les plus accommodants sont, selon lui, les plus habiles : à vouloir obtenir toujours davantage, on s'expose à perdre ce dont on pouvait déjà disposer. Il recommande de ne rien mépriser, surtout lorsque ce qui se présente répond à peu près au besoin. Cette leçon ne s'adresse pas seulement aux hérons. Le narrateur le précise aux humains, chez lesquels il a aussi trouvé matière à ces conseils.


English summary · includes the ending

A heron with long legs, a long neck and a long beak walks beside a clear river. Carp and pike swim close to the bank, where he could easily catch them. However, he follows a regular eating schedule and decides to wait until he has more appetite.

Soon he grows hungry and approaches the water. He sees other fish but considers them an unworthy meal for a bird like himself. After rejecting them, he finds smaller fish and refuses those too. He does not think such a small meal is worth opening his beak for.

Eventually, there are no fish left for him to catch. Now genuinely hungry, he is delighted to find a snail, which offers far less than the food he rejected.

The narrator warns against being too difficult to satisfy. By insisting on getting something better, people risk losing an opportunity that was already good enough.

Adapted for Lejrbål from the credited source.
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