Français / B1

Le cordonnier et le financier

Short story

Du matin au soir, un cordonnier nommé Grégoire chantait en réparant des chaussures. C'était un plaisir de le voir et de l'entendre : il semblait plus heureux que les hommes les plus sages. Pourtant, il ne possédait presque rien.

Son voisin était financier et possédait une grande fortune. Mais tout cet argent ne le rendait pas joyeux. Il chantait rarement et dormait encore moins. Quand il réussissait enfin à s'endormir, vers le lever du jour, la voix du cordonnier le réveillait. Il regrettait qu'on ne puisse pas acheter le sommeil au marché, comme la nourriture et les boissons.

Un jour, il a fait venir Grégoire chez lui et lui a demandé :

— Dites-moi, combien gagnez-vous par an ?

La question a fait rire le cordonnier.

— Par an ? Monsieur, je ne calcule pas mes revenus de cette manière. Je mets très peu d'argent de côté. Il me suffit d'arriver au bout de l'année. Chaque jour me donne de quoi acheter mon pain.

— Alors, combien gagnez-vous par jour ?

— Cela dépend : parfois plus, parfois moins. Nous pourrions gagner assez bien notre vie, mais il y a un problème. L'année est pleine de jours de fête où nous devons arrêter de travailler. Une fête en suit une autre, et le curé trouve toujours un nouveau saint à célébrer !

Amusé par cette réponse si simple, le financier a décidé de lui offrir une somme importante.

— Je vais vous rendre riche aujourd'hui. Prenez ces cent pièces. Conservez-les soigneusement pour les utiliser en cas de besoin.

Le cordonnier avait l'impression de voir tout l'argent que la terre avait produit depuis plus de cent ans. Il est rentré chez lui et a enfermé son trésor dans sa cave. Sans le savoir, il y enfermait aussi sa joie.

À partir de ce moment, on ne l'a plus entendu chanter. Le sommeil a quitté sa maison et les inquiétudes ont pris sa place. Grégoire craignait sans cesse qu'on lui vole ses pièces. Toute la journée, il restait sur ses gardes. La nuit, si un chat faisait du bruit, il imaginait déjà que son argent disparaissait.

Finalement, il n'a plus supporté cette vie. Il a couru chez le voisin que ses chansons ne réveillaient plus.

— Rendez-moi mes chansons et mon sommeil, lui a-t-il dit, et reprenez vos cent pièces !


English summary · includes the ending

Grégoire is a poor cobbler who sings happily while repairing shoes. His rich neighbour, a financier, rarely sings and struggles to sleep. When he finally falls asleep near dawn, the cobbler’s voice wakes him. One day, he asks Grégoire how much he earns. The cobbler does not think in yearly totals: he earns enough each day to buy bread, although frequent religious holidays interrupt his work. Amused, the financier gives him a hundred coins to keep for emergencies.

Grégoire takes the money home and hides it in his cellar. Instead of making him happier, this new treasure brings constant fear of theft. He stops singing, cannot sleep and treats every small noise as a possible threat to his savings.

At last, he returns to his neighbour with the coins. He asks the financier to take them back and restore his songs and sleep. His peace of mind matters more to him than the unexpected wealth.

Adapted for Lejrbår from the credited source.
Read the source